Apprendre le français en contexte de francophonie plurielle : postures enseignantes face aux usages du français ivoirien chez des étudiants allophones en mobilité en Côte d’Ivoire
Enquête sociolinguistique et didactique au CUEF d’Abidjan
Grace BOSSERésumé
Cette communication s’inscrit dans la réflexion proposée par le dossier Francophones, francophonie et migrations, en interrogeant les enjeux linguistiques et didactiques de l’enseignement du français à des étudiants allophones en situation de migration dans un espace francophone pluriel. Elle s’appuie sur une enquête menée au Centre Universitaire d’Études Françaises (CUEF) d’Abidjan, qui accueille majoritairement des étudiant·e·s allophones, principalement anglophones, venus apprendre le français en Côte d’Ivoire.
La Côte d’Ivoire constitue un contexte sociolinguistique singulier, marqué par une francophonie plurielle où coexistent le français académique et la norme endogène du français (français standard ivoirien et le nouchi) (Brou Diallo, 2012 ; Kouadio , 2006 et 2007 ; Boutin, Kouamé et Nebout-Arkhurst, 2011). Cette pluralité des usages du français façonne l’environnement linguistique des apprenants migrants, mais pose également des défis didactiques aux enseignants de FLE, confrontés à la gestion de la variation linguistique en classe.
La communication présente les résultats d’une recherche qualitative fondée sur des entretiens avec des enseignants de FLE et des observations de classes. Les entretiens montrent que les postures enseignantes sont fortement influencées par les représentations que les enseignants se font de la francophonie ivoirienne. Lorsque les usages endogènes sont perçus comme non légitimes, ils sont associés à des pratiques déclarées de correction systématique ou d’exclusion des formes locales. Cependant, les observations de classe révèlent une posture réelle plus nuancée. Si les écarts linguistiques relevant de la grammaire, du lexique ou de la phonétique font l’objet de corrections fréquentes, les marqueurs sociolinguistiques endogènes (interjections, expressions idiomatiques locales, particules discursives) sont majoritairement tolérés et laissés sans commentaire. Ce silence pédagogique traduit une absence de prise en charge didactique explicite de la variation locale, conduisant à une forme de normalisation implicite de ces usages.
À travers ce cas d’étude, la communication met en lumière les enjeux didactiques liés à la migration linguistique vers des espaces francophones du Sud et interroge la place accordée à la variation dans l’enseignement du français. Elle ouvre des perspectives pour une didactique plus contextualisée, attentive aux répertoires linguistiques réels des apprenants en mobilité et aux spécificités des francophonies locales.
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BOSSE, G. (2026) Apprendre le français en contexte de francophonie plurielle : postures enseignantes face aux usages du français ivoirien chez des étudiants allophones en mobilité en Côte d’Ivoire. LHUMAINE, (9). https://doi.org/10.34745/
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