Résumé

Résumé

Dans l’espace francophone, l’accent joue un rôle déterminant dans la manière dont les locuteurs sont perçus. Parler français « avec accent » reste souvent interprété comme le signe d’une compétence incomplète ou d’une origine extérieure, tandis que certaines façons de parler sont présentées comme plus « correctes » que d’autres. Cet article analyse comment ces représentations renforcent les stéréotypes du locuteur “natif” comme modèle implicite et contribuent à produire une vulnérabilité linguistique chez les personnes migrantes.

Par vulnérabilité linguistique, nous entendons des situations où la manière de parler devient une source de fragilisation symbolique pour le locuteur : sentiment d’infériorité, autocensure, peur de prendre la parole. Ces expériences sont liées à des formes de glottophobie, c’est-à-dire de discrimination fondée sur la langue, l’accent ou la prononciation (Blanchet, 2016). Les stéréotypes qui associent le « bon » français à certains territoires et à certains locuteurs — par exemple la référence récurrente à la Touraine comme lieu d’un français « sans accent » — installent une hiérarchie implicite où la parole de certains est d’emblée plus légitime que celle d’autres.

L’analyse s’appuie sur un corpus qualitatif recueilli en 2019 dans le cadre du dispositif universitaire « Habiter une langue », au cours duquel des étudiant·e·s de Master 1 ont mené des entretiens semi-directifs auprès de personnes migrantes en contexte francophone. Plusieurs enquêté·e·s disent « ne pas parler comme il faut », évoquent un sentiment d’insécurité linguistique ou rapportent des situations où leur accent a servi de prétexte pour les juger, les corriger ou les tenir à distance.

L’article développera trois axes : (1) la construction et la diffusion des stéréotypes autour du locuteur “natif” 1992 ; (Davies, 2003) ; (2) les effets subjectifs et sociaux de la vulnérabilité linguistique en situation migratoire (sentiment d’infériorité, autocensure, perte de crédibilité, discriminations) ;(3) les implications didactiques et éthiques pour l’accueil et l’enseignement du français dans l’espace francophone (mise en question du modèle du natif, reconnaissance de la pluralité des accents, lutte contre la glottophobie).

L’enjeu est de penser la francophonie comme un espace où l’accent puisse être reconnu comme un signe ordinaire et légitime des parcours plurilingues et migratoires, plutôt que comme un défaut à effacer.

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